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#Les Pierres crient

Chère amie,

Ma maison est construite sur d’anciennes ruines, sur les vestiges de la maison de mon père. Les vieilles pierres grises et délabrées servent de support aux matériaux plus récents. Combinées avec la nouvelle bâtisse, elles sont presque belles. Elles font partie du décor, immuables, intouchables.

Inertes et silencieuses, elles racontent pourtant notre histoire. Elles parlent, elles chantent, elles pleurent, elles crient. Leur gémissement sinistre, comme le sifflement d’un vent glacial, se répand dans la maison par les brèches des vieux murs. Elles disent les mots que personne n’ose prononcer, elles pleurent les plaintes retenues captives dans les ruines ancestrales. Elles hurlent le cri des enfants qui souffrent, leurs larmes, leur colère, leur angoisse. C’est une complainte à la fois douloureuse et triste, forte et puissante, comme un appel à la liberté. 

Et moi, je n’entends pas. Je ne comprends pas. Ce sont mes enfants qui crient, et je n’entends pas. En grandissant, ils crient si fort que mes caresses ne peuvent plus les consoler, mes bras ne peuvent plus les rassurer, mes mots ne peuvent plus les apaiser. Ils crient, et je ne sais pas comment les aider. Ils crient … jusqu’à ce que je crie aussi. Des cris de désespoir et de révolte, des cris de douleur extrême, de désolation profonde. Des cris que mon frère entend.

Un soir d’hiver, il trouve le courage de m’emmener dans la cave de la maison de mon père. Lentement, je descends les vieux escaliers sombres et glissants. Il me tient la main. Entre les murs épais et silencieux se dégage une odeur de moisissure. A travers une toute petite ouverture, un faible faisceau de lumière vient éclairer une étagère poussiéreuse, pleine de toiles d’araignées. Et là, soigneusement cachée entre les pages d’un livre abimé, glissée entre les photos de famille jaunies, je trouve ce que j’ai cherché depuis des années : la vérité. 

Elle me saute aux yeux comme une évidence. Elle illumine tout dans ma tête, comme un mystère qui est enfin révélé. En réalité, je la connais depuis toujours, mais je la cherche ma vie durant. Je la cherche, sans vraiment vouloir la trouver. Je préfère nier. Je sais, au fond de moi, qu’elle fait mal. Et c’est dangereux de poser des questions, interdit d’en parler. Je n’ai pas encore prononcé mes premiers mots, que je le sais déjà : c’est interdit d’en parler. 

Elle éclate en pleine lumière, comme une terrible explosion. Le souffle puissant de la déflagration me heurte avec une extrême violence, me projette au sol et fracasse ma maison. Mes points de repère volent en éclat. Tout s’écroule autour de moi.

Douloureuse et brûlante, la réalité me consume. J’essaie de la contenir, de l’étouffer sous la certitude que Dieu est un Dieu qui pardonne. Je m’accroche avec force à mes convictions, mais en ramassant les débris de mes évidences, j’en viens à douter de l’existence même de Dieu. Cela ne dure que quelques instants, mais ce sont les instants les plus terrifiants de ma vie.

C’est là, dans les plus sombres profondeurs de mon âme dévastée, que je sens comme une force, une chaleur. La flamme, petite mais puissante, de l’amour de Dieu en moi. La flamme de mon espérance. Dieu est là ! Il a toujours été là. 

Il était là le jour où cette terrible tempête s’est abattue sur la maison de mon père et qu’elle a tout emporté sur son passage. Il était là pour prendre dans ses bras cette toute petite fille, détrempée par la pluie, perdue, seule au milieu d’un tas de ruines, dans le froid glacial de l’ouragan qui vient de passer sur elle. Il était là … et avec une tendresse infinie, il l’a serrée contre son cœur. C’est le jour où j’ai connu son amour. 

Personne n’en a reparlé, jamais. J’étais trop jeune pour comprendre et me rappeler ce qui est arrivé, mais les souvenirs douloureux se sont imprimés dans mon corps et dans mon coeur. Depuis, je vis avec une douleur silencieuse, une angoisse lancinante, une tristesse profonde, comme une ombre qui m’habite. Je la sens, mais je ne peux pas la voir, je ne peux pas la toucher. Quand je cherche à l’approcher, elle s’éloigne, comme la brume qui se dissipe au matin, après un mauvais rêve. 

Subrepticement, elle vient aussi s’étendre sur mes enfants. Elle se glisse à travers mes mains quand je les couvre de mes caresses, elle se répand discrètement sur leur âme, comme le sang qui nourrit l’embryon dans le ventre de sa mère. Le cri de mes enfants, le cri de leur souffrance, est aussi le mien. 

Mais Dieu entend. Quand un malheureux crie, l’Éternel entend, et il le sauve de toutes ses détresses. (Psaume 34 v.7) 

Après de longues années de souvenirs enfouis dans la cave, Dieu, dans sa grâce infinie, vient enfin faire la lumière dans les endroits sombres de notre maison. Comme le soleil levant, il vient éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Luc 1:78-79 Il vient pour guérir les cœurs brisés, proclamer aux captifs la liberté, aux prisonniers la délivrance … il vient pour consoler les affligés. Il vient parce qu’il veut que nous rebâtissions sur les anciennes ruines, que nous relevions les antiques décombres, que nous renouvelions les villes ravagées, dévastées depuis longtemps. Esaïe 61:1-4  Il fait de nous des réparateurs de brèches, des restaurateurs de chemins. Esaïe 58:12

«L’Éternel est Dieu et il nous éclaire … sa miséricorde dure à toujours … des cris de triomphe et de salut s’élèvent …» Psaume 118 

«Heureux celui à qui la transgression est remise, à qui le péché est pardonné … soyez dans l’allégresse, poussez des cris de joie !» Psaume 32 

«Chantez lui un cantique nouveau !» Psaume 33:3

«Celui qui voudra être béni dans le pays, voudra l’être par le Dieu de vérité … Car les anciennes souffrances seront oubliées, elles seront cachées à mes yeux.» Esaïe 65:16

«Ne pensez plus aux événements passés, et ne considérez plus ce qui est ancien, voici je vais faire une chose nouvelle …»  Esaïe 43:18-19

«Je fais toutes choses nouvelles.» Apocalypse 21:5

De la part de Sylvie Scheidegger

steve.arzier@bluewin.ch

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